La fabrique du citoyen, une histoire républicaine de la ligue de l’enseignement

Public Sénat a diffusé en mars 2016 un documentaire du journaliste Jean-Michel Djian. Ce dernier évoque l’histoire de la ligue de l’enseignement et son engagement pour une éducation populaire. Ligue, trop peu connue et reconnue pour son travail. Ce que rappellera Alexandre Jardin, écrivain et fondateur de l’association J’aime lire,  dès le début de ce film.

L’éducation. L’école. La culture. Peut-on vraiment prendre pleinement conscience de ce qu’est la vie si nous ne sommes pas armés pour la comprendre ? Pour la comprendre, encore faut-il s’être assis sur un banc d’école. Sur plusieurs bancs d’école. Quelle chance de pouvoir avoir accès à l’enseignement. Si aujourd’hui cela semble simple, une inscription à l’école et nous voilà élève, cela n’a pas toujours été le cas. Des hommes se sont battus pour que chaque citoyen puisse apprendre et se forger une opinion basée sur des connaissances. Ces hommes, ce sont Jules Ferry, Léon Gambetta, Léon Bourgois, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Claude Julien ou encore Vincent Peillon aujourd’hui. Tous à leur manière, dans leur fonction, ont milité pour éduquer le  peuple et pour institutionnaliser l’élévation de la pensée. J’ai par là même appris la signification du mot instituteur. C’est donc cela, « institutionnaliser l’élévation de la pensée ».

Autre grande figure dans la ligue : Jean Macé
Il a accompagné la révolution de 1948 et la défense de la république. Jean Macé va écrire des ouvrages de vulgarisation, comme L’histoire d’une bouchée de pain. Cette lettre à une petite fille sur la vie et l’homme et ses animaux connaît un grand succès et le nom de son auteur deviendra connu. Jean Macé va alors entreprendre un combat militant abandonné en 1851. Il fondera la première bibliothèque communale, puis en 1863 une société des bibliothèques communales. L’éducation populaire est au cœur de ses ambitions. Pour ce journaliste et professeur de jeunes filles, c’est par l’éducation qu’un citoyen « digne de ce nom », comme il l’exprimera, pourra exister. Il va créer la ligue en 1866 pour que les jeunes avides de savoir s’émancipent et s’enrichissent intellectuellement. Ouvriers et notables vont se réunir au sein de cercles pour penser cette émancipation. Une énergie collective va naître de ces réunions et avec les années d’autres hommes, comme ceux cités plus haut, s’inscriront dans cette démarche.

Instruction gratuite, obligatoire, laïque
Nous parlons beaucoup de laïcité aujourd’hui, mais cette dernière est inscrite depuis longtemps dans notre société. Comme le rappelle ce documentaire « la république doit donner des occasions de partager mais surtout de penser par soi-même, l’idéal des lumières ». Ce projet éducatif est au cœur de l’éducation nationale. Parce qu’un citoyen impliqué et pouvant participer au débat contribuera forcément à ne pas rester dans l’égoïsme de l’individualisme. Victor Hugo ne croyait lui qu’à une école : l’école publique. A l’époque, quand les catholiques s’attachent à la responsabilité du père de famille, les républicains considèrent que l’éducation passe par la mise en œuvre de la responsabilité de l’Etat.

Jean Jaurès

Comme de nombreux discours portés par Jean Jaurès, celui qui est présenté dans ce documentaire reflète parfaitement la pensée de ce leader socialiste. Il s’agit  du débat parlementaire sur la loi de séparation de l’église et de l’état de mars à juillet 1905, à la chambre des députés.  Prononcé le 20 avril 1905, le discours sera très applaudi.

 « C’est sans équivoque, c’est sans ambiguïté, c’est en respectant dans la limite même de leur fonctionnement les principes d’organisation des églises, qui ne deviennent plus qu’un des éléments de la liberté civile générale, et c’est en dressant contre ces églises la grande association des hommes travaillant au culte nouveau de la justice sociale et de l’humanité renouvelée, c’est par là et non par des schismes incertains que vous ferez progresser ce pays conformément à son génie. Voilà pourquoi l’œuvre que la commission nous soumet, œuvre de liberté, œuvre de loyauté, œuvre hardie dans son fonds  mais qui ne cache aucun piège, qui ne dissimule aucune arrière-pensée, est conforme au véritable génie de la France républicaine ».

-A noter que vous pouvez retrouver les grands discours de Jean Jaurès via ce site : Jaurès ou la nécessité du combat

La force de la ligue depuis 1866
Jean-Michel DJIAN a souhaité montrer la puissance de la ligue de l’enseignement où de grandes personnalités ont porté la république derrière l’état. Question importante en ces temps incertains : la ligue est-elle fragilisée ? En tous les cas l’héritage de Jean Zay n’est pas partagé par tous ceux qui encouragent le consumérisme et l’individualisme. Ce documentaire nous remet à l’esprit le capital qui a permis à la ligue de prospérer. Ce capital c’est l’héritage de Jules Ferry et de Jean Zay. « L’école, c’est notre sanctuaire républicain ». Des hommes et femmes se sont battus pour elle. Le mouvement populaire compte aujourd’hui 2 millions de membres et 30 000 associations. Les activités périscolaires y sont très importantes.

Après l’histoire, place aux discours
Ce que je retiens de ce documentaire, outre les plans entraînants, les quelques notes d’accordéon, les images d’archives agrémentées d’une voix off nous rappelant les grandes lignes de cette ligue, c’est aussi les témoignages d’hommes et de femmes. Ceux qui prennent la relève.

——————————->Voici quelques extraits :

Meirieu« Jean Zay avait un point de vue fort, qui considérait que l’éducation nationale était le devoir de l’état mais qui était toujours menacé de suffisance. Alors la suffisance c’est aux deux sens du mot. Il y a la suffisance avec les suffisants qui font peur au peuple, ceux qui éloignent le peuple de la culture car ils donnent le sentiment qu’ils sont seuls à pouvoir la posséder. Et il y a la suffisance de ceux qui croient que leur institution peut à elle seule totaliser l’ensemble des missions de transmission. Jean Zay proposait donc que l’éducation populaire soit comme un engagement de la nation ».  Philippe Meirieu, Professeur en sciences de l’éducation.

Cyntia fleury« La ligue a été pionnière sur la compréhension que l’éducation n’est pas circonscrite à l’école. C’est plus vaste que ça, ça rappelle que toute notre vie ce sera ce pas de plus. Nous devons donc beaucoup aux enseignants qui portent les élèves. La ligue fait des choses bien, mais ne le fait absolument pas savoir. Elle s’est constituée par l’engagement des « hussards noirs » de la république. Instituteurs de l’école publique très engagés dans la vie de la cité. Il y a eu un dessaisissement de la sphère politique ne serait-ce que par la sphère économique ». Cynthia Fleury, psychanalyste et philosophe.

Sans titre« J’entends quelques arrogants, qui disent que les jeunes ne sont pas cultivés comme nous l’étions nous-même. Moi j’ai travaillé avec beaucoup de ministres. J’en ai vu des fautes d’orthographes, par des gens qui étaient sortis de l’Ecole Nationale d’Administration ou même agrégés de philosophie, docteurs. Mais qu’est-ce donc cette façon de parler des autres ? C’est précisément l’inverse d’une démarche d’hommes et de femmes cultivés. Moi les grands esprits que j’ai rencontré, j’ai eu la chance d’en croiser dans ma vie, les Georges Charpak, les Jean-Pierre Vernant, les grands esprits qui font le rayonnement français, jamais ils n’avaient de mépris pour personne. Is ne pensaient pas qu’une faute d’orthographe méritait de faire la UNE du journal sur « ce sont tous des ânes ». C’est le contraire qu’il faut faire ».  Vincent Peillon, homme politique français, Parti socialiste.

Danièle Sallenave« L’idée de se vider la tête est toujours un mot qui m’a fait horreur, car une tête n’est pas faite pour rester vide. Si elle est vide, elle doit se remplir d’autres choses. La république doit former les citoyens, mais le citoyen est mis à toutes les sauces. Il ne faut jamais oublier que le mot citoyen est premier. Cité découle de citoyen et non citoyen de cité. Les citoyens c’est l’ensemble de ceux dont va découler une cité. Il y a aujourd’hui, concernant la politique, une faiblesse d’analyse et de solutions qu’ils peuvent apporter ». Danièle Sallenave, écrivaine membre de l’académie française.

Pour le reste, vous découvrirez les différentes séquences de ce documentaire très riche et très documenté. Il donne envie d’en savoir plus, de connaître l’avis d’autres experts, mais également de regarder d’autres films de Jean-Michel DJAN. Il y a une empreinte, une sensibilité toute particulière qui est une belle promesse à d’autres réalisations à caractère culturel alliant le style et le fond.

——————->Cliquez ici pour regarder le documentaire <——————-

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Les temps de la radio

RadioLCP diffuse actuellement un documentaire de Paul-Stéphane Manier sur la genèse du média radiophonique. Présenté par le journaliste Jean-Pierre Gratien et ses invités, l’ascension de la radio y est retracée.

L’essor des ondes. Si la presse papier a longtemps dominé dans la diffusion de l’information, la radio a su largement s’imposer ces dernières années en proposant une autre forme de langage. Plus spontané et complémentaire à une actualité intellectualisée par les professionnels de l’information. Comme il est souligné dans ce documentaire, la radio a multiplié les échanges et a libéré la parole. Dans les années cinquante, c’est même la principale source de divertissement. Une émission rencontre à cette période un franc succès, « quitte ou double » animée par Zappy Max. Elle est diffusée sur radio Luxembourg, aujourd’hui appelée RTL. Le 29 mars 1952, un invité bien particulier va bouleverser l’émanation de ce média. Cet invité, c’est l’abbé Pierre. Des personnalités, comme ce prêtre catholique, souhaitent toucher les gens et provoquer des manifestations contre la misère. La radio est donc un excellent moyen d’agir. En 1954, une femme meurt de froid dans la rue. Excédé, l’abbé Pierre lancera cet appel historique : « Mes amis, au secours. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent et qu’on lise ces simples mots : toi qui souffre qui que tu sois entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime ». Ses propos auront un retentissement inimaginable. Quelques heures après ces mots scandés sur les ondes, la gare d’Orsay est assaillie de personnes amenant sacs de nourritures et de vêtements. En quelques jours seulement, 8 millions d’euros seront récoltés. La radio contribuera alors aux grandes causes à défendre.

POrte voix grandes causes

De Salut les copains aux prouesses techniques. Outre les actions solidaires et citoyennes, un autre programme marque à tout jamais l’histoire de la radio en 1959 avec l’émission Salut les copains. L’audience de cette émission sera estimée à 5 millions de jeunes ! C’est un vecteur essentiel pour des artistes, à l’image de Johnny Hallyday qui s’est fait connaître grâce à cela. Le sociologue Edgar Morin leur donnera même un nom : les « yéyés ». Cette effervescence, aidée et impulsée par le média radiophonique, va affirmer la période transitoire entre l’enfance et l’âge adulte. L’époque est à la découverte.  Jean-Marie Périer, journaliste et photographe, perçoit les grandes différences entre hier et aujourd’hui : « il y avait un grand besoin de rire et de faire du bruit de la part de ces jeunes gens. La radio a insufflé un nouvel état d’esprit avec une envie de revendication. Aujourd’hui les gens ont peur, ils ont même peur d’avoir peur. Rien à voir avec l’époque ». Les années soixante marquent également les grandes évolutions techniques avec les transistors et les magnétophones portables. Pour la première fois, la radio interfère en direct avec la réalité. Grace au Nagra (premier magnétophone à bande magnétique), les journalistes peuvent couvrir de nombreux événements, comme les déferlements de foules de mai 1968. Les montages de cet appareil ne permettent pas la censure. Nouvel élan pour le média, le départ du général Charles de Gaulle et l’arrivée de Jacques-Chablan Delmas, qui supprime le ministère de l’information et le ministère qui contrôle la radio et la télévision. Puis, l’éclatement de l’ORTF marquera le début de la concurrence. Enfin, la loi du 29 juillet 1982 déclarera la communication audiovisuelle libre.

Les femmes de la radio. La radio marquera de nouveau son temps par l’éducation qu’elle aura auprès des citoyens. Des journalistes, à l’image de Ménie Grégoire, s’intéresseront aux problèmes qui touchent tout le monde. A l’époque, cette libre antenne permet aux auditrices d’écrire des lettres lues par l’animatrice et son assistante. Cette émission est prépondérante sociologiquement et contribuera même à la recherche.

Ménie Grégoire 2

Ménie 4

A l’image de Caroline Dublanche sur Europe 1, Ménie Grégoire écoute et conseille. Autre figure féminine importante : Françoise Dolto. En 1976, cette femme médecin psychiatre apparaît sur les ondes de France inter avec des chroniques régulières. Les parents vont alors découvrir ce qui se passe chez leurs enfants. Les travaux de Françoise Dolto, datant de 1935, seront alors révélés 35 ans plus tard au grand public. Ses collègues disaient d’elle qu’« Elle rendait les gens qui l’écoutent intelligents ».

L’ingrédient pour qu’une émission marque son temps. Jérôme Garcin, journaliste et présentateur de la très célèbre émission « Le masque et la plume », exprime ce qui peut inscrire une émission dans le temps. Il l’expose ainsi : « Le parler vrai et le côté spectacle et comédie. Une émission peut devenir une petite mythologie nationale là où les français se reconnaissent ». A cela, le réalisateur de ce documentaire ajoute : « Parler de ce qui concerne d’auditeur, ce qui l’éveille, ce qui l’émeut et le sensibilise, ce qui le rend intelligent. La radio peut être populaire, culturelle, musicale, informative, peu importe. Elle doit s’adresser, par-delà les ondes, à des personnes et à des esprits. Pour cela, tous les temps sont possibles ».

Le documentaire :

Informations complémentaires :
La théorie des yéyés (influences)
Mon nagra et moi : souvenir émue d’une reporter radio

 

Reportage : ce que mes gènes disent de moi


La science et la conscience 

« Ce que mes gênes disent de moi ». Ce reportage diffusé sur Arte cette semaine nous invite à comprendre d’où viennent nos traits de caractère. La réalisation est signée Lone Franck, journaliste scientifique danoise. Cette femme intrigue. Tout en elle exprime le malaise. On sent chez elle une profonde mélancolie. Cette tristesse est d’ailleurs à l’origine de sa démarche. Celle de comprendre d’où viennent nos névroses. Quelles sont leurs origines. Ainsi, cette neurologue va à la rencontre de nombreux experts à travers le monde qui tentent d’élucider le mystère de notre personnalité. Tous les enfants battus deviennent-ils dangereux ? Tous les enfants choyés deviennent-ils bienveillants ?

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Le regard : essence de nos vies
J’ai un réel coup de cœur pour ce reportage. La qualité de l’image, les plans, le mouvement. J’ai l’impression d’être aux côtés de cette femme et aimerais partager ses interrogations. C’est sans complexe qu’elle dit voir uniquement le négatif et ne pas aimer le monde. Si Lone m’est familière, c’est parce-que j’ai déjà vécu ce genre de période ou les hommes me semblaient être uniquement mauvais et destructeurs. Sans chercher à voir et à connaître ceux qui œuvrent pour aider les autres, les accompagner, les soigner, les cultiver, les faire grandir. Si Alexandre Jollien (que j’aime beaucoup) ne croit pas au bonheur, moi oui. Je pense, en revanche, qu’acquérir la force d’ignorer les mauvaises ondes pour se concentrer sur les bonnes et rester positif en toute situation est très difficile.

Certaines personnes y arrivent, non sans mal. Depuis quelques mois, sans prétendre avoir « changé », je me sens soulagée d’un poids. Quelques séances chez une sophrologue au bord de la mer et un voyage en Inde m’ont apaisée. Les choses que je savais, j’ai enfin pu les mettre en pratique. À 25 ans il était temps. Je comprends Lone Franck, je comprends ses interrogations. Pourquoi allons-nous parfois mal alors que nous possédons bien plus que nos ancêtres ? Pourquoi des hommes sont bons et d’autres si mauvais ? Si ces questions peuvent sembler légères, des scientifiques se les posent également. À l’image de James H.Fallon, que Lone Franck a rencontré. J’ai vraiment aimé assister à leur rencontre. Ce neurologue semble doué d’un humour incroyable. À ses côtés j’entrevois le sourire de la réalisatrice. J’aurais aimé être avec eux, dans ce cadre magnifique d’Albany du nord (USA).

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Je me fais la réflexion, en regardant le regard lumineux de Lone Franck, qu’elle n’a peut-être pas fait les bonnes rencontres dans sa vie. Car tout est une question de rencontre et d’acceptation. D’ailleurs, l’un des experts le formule très clairement. Le jour où nous considérons nos forces et nos faiblesses et que nous les acceptons sans jalouser l’autre, nous sommes guéris d’un poids considérable. Je pense que c’est aussi cela qui m’a aidé ces derniers mois. Il y a certains traits que j’accepte, alors qu’avant je pouvais me mentir. Aujourd’hui je m’impose mieux. J’expose mes défauts et mes difficultés sans problème, non sans honte, mais sans problème. Un exemple : je fais beaucoup de fautes d’orthographes. Je ne comprends pas vraiment pourquoi car je lis et écris beaucoup, mais j’en fais. Un mélange de mauvaise mémoire ou d’étourderie me fait oublier les règles les plus élémentaires. Avant, je n’aurais jamais écrit ça. Ce qui est dure dans l’acceptabilité est la fatalité qui peut en résulter. Pour les fautes, non bien sûr. Pour d’autres facteurs, il n’y a pas d’issue et c’est aussi cela qu’il faut accepter.

« Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau ». James Russel Lowell

Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgée des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ?

Tous les entretiens furent passionnants. J’ai ici relevé un passage de l’un d’entre eux. Jay Belsky, un psychologue américain, va à l’encontre de certains prérequis justifiant nos caractères.

« Un des problèmes lié à l’étude du développement enfant et humain est que nous sommes trop restés influencés par les lumières. Nous sommes devenu des idéalistes romantiques qui pensons que les humains sont des êtes perfectibles. Qu’il suffit d’aimer ses enfants, de s’en occuper et de les stimuler pour instaurer la paix sur terre. Un biologiste évolutionniste vous le dira, ça n’a pas de sens. Il ne faut pas avoir une vision romantique du développement car l’objectif des êtres vivants est de se reproduire et de transmettre leurs gènes. Comment les expériences nous façonnent ? Ça c’est un mystère bien plus important mais bien plus compliqué à analyser. Le fait est que nos premières expériences nous construisent, que ce soit lors des 5 premières secondes, des 5 premiers mois ou des 5 premières années de notre vie. Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgé des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ? Car si les vents tournent, ils tombent tous à l’eau et c’est la fin. J’en ai déduis qu’on devrait étudier une variabilité de la sensibilité aux influences environnementales. J’ai supposé que cette variabilité était plus ou moins innée… »

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J’aurai pu continuer longtemps à relever ses propos. L’inné et l’acquis sont ici évoqués. Sans être scientifique, c’est une logique imparable. Qui n’a jamais connu une personne née d’un milieu favorisé et ne réussissant (ou ne souhaitant) pas à réussir comme ses parents ? Qui n’a jamais connu une personne venant d’un milieu défavorisé faire de longues études et s’élever socialement ? Nous avons tous pu l’observer. Me concernant, dans les deux cas je prends plaisir à constater que nos chemins ne sont pas tout tracés. Bien sûr, en règle générale, je constate que « les chiens ne font pas des chats ». C’est très simple mais c’est un constat. Je l’ai observé chez les autres et dans ma propre famille. Ma maman est juriste et mes deux sœurs ont fait de longues études de droit. Mon parcours scolaire fut compliqué, mais ma famille m’a toujours soutenue et je crois que sans eux je ne serai pas allée au bout de ces 5 années d’études. Une pression m’a quelque peu incitée à ne pas être loin derrière ces deux sœurs que j’adule.

Parlons lecture. À la maison il y en a toujours eu. J’aimais regarder les livres de mes parents. Je constate aujourd’hui que mes sœurs et moi-même aimons la lecture et l’écriture. Bien sûr, et à mon plus grand enchantement, l’accès aux études a été facilité pour tous et beaucoup de gens ont pu s’élever d’un milieu dans lequel ils ne se sentaient pas à l’aise. Je ne formulerai pas l’expression « sortir de son milieu » car je pense qu’on n’en sort pas vraiment. Il nous appartiendra toujours. Il sera toujours là et nous y avons évolué. On évolue, on côtoie et on appréhende une nouvelle sphère, mais on ne peut pas vraiment s’émanciper d’un contexte social.

Les faits sont-ils justifiables ?
Pouvons-nous justifier tous nos actes ? Nous aimerions parfois le faire pour nous dédouaner de nos fautes. À contrario, on s’enorgueillira de nos succès pour des causes plus louables. S’il est possible de le faire, il est aussi bénéfique d’accepter la fatalité de nos agissements. Parfois j’agis mal alors que je pense être quelqu’un de bien, mais je ne l’explique pas vraiment. La science a beau avoir fait d’énorme progrès, elle ne pourra jamais tout expliquer. L’un des experts (James H.Fallon) le prouve lorsqu’il fait l’étude de scanners. Les psychopathes ont un IRM différents des gens dit « normaux ». Il en étudie énormément et le constat est bien souvent le même. Un jour, alors qu’il étudiait l’un d’entre eux, il conclut que la personne est dérangée. En fait, il s’agissait de son propre scanner. C’est avec beaucoup d’humour qu’il l’a pris. Ce qui est intéressant et qui est exposé dans ce film, c’est de constater qu’il y a eu beaucoup de meurtriers dans sa famille. Lui et ses frères n’en sont pas. James H. Fallon le justifie par l’amour familial important, un encadrement et une bienveillance qui les a protégé de ces pulsions meurtrières. Sans cela, il concède qu’il aurait été possible qu’il agisse mal.

En outre, bien qu’un encadrement familial ne justifie pas tout et que bon nombre de personnes ont eu un parcours complètement différent de celui de leurs parents, l’amour et la bienveillance soulagerons toujours nos maux. Sans pour autant atténuer les expériences que la vie nous impose.

Après ces quelques lignes, place au reportage :

Ceux qui sèment

Ceux qui sèment. Un charmant calembour pour un très beau documentaire. Avec ce dernier je vous invite à découvrir l’agriculture familiale autour du monde ! Ce concept repose sur une main d’œuvre ou l’unité de production est le foyer. Elle s’attache à protéger l’environnement, à améliorer les revenus et le bien-être de la famille.

C’est un film de 52 minutes en HD qui se cache derrière « Ceux qui sèment », documentaire réalisé par 40 étudiants en agronomie de Montpellier (Sup’Agro). L’agriculture familiale est au cœur de cette production encadrée par le jeune réalisateur Pierre Fromentin. Exposer les enjeux de ce mode de production est le fil rouge du projet mené par ces étudiants, à l’époque tous en stage au sein d’une communauté différente. C’est agro et sac à dos, une association créé dans le cadre de ce travail ambitieux, qui a aidé au financement. Les uns et les autres ont cherchés des aides et tout a commencé. Les nations-unies soutiennent également le projet.

Ceux qui sèment

Ces étudiants sont partie aux 4 coins du monde (5 pays et 4 continents) pour présenter un modèle qui produirait actuellement 80 % de l’alimentation mondiale. C’est une très belle qualité qui est proposée aux spectateurs. Ainsi, nous suivons les expéditions comme si nous y étions. La mission est ambitieuse : montrer qu’une agriculture familiale est possible. D’ailleurs, elle emploie à ce jour 40% des actifs mondiaux. Ce documentaire nous apprend que produire de la nourriture à petit échelle est une pratique que l’on retrouve partout dans le monde, qu’il faut donc en explorer les avantages et les limites. Vous voyagerez en Inde, au Canada ou encore au Cameroun. Emporté dans un flot de couleurs et de rencontres

Porteurs du projet

Porteurs du projet

Les Nations Unies ont désigné 2014 comme l’Année Internationale de L’Agriculture Familiale mettant ainsi en lumière son importance

Ce film, profondément humain, nous questionne sur les circuits de consommations et le nombre d’intermédiaire entre nous et nos assiettes. C’est au téléphone que j’interroge Hugo Lehoux, l’un des nombreux étudiants ayant participé au film. Il évoque au micro de Prun’ les messages à véhiculer. Ses beaux souvenirs en Inde. Les projets d’expositions et de livres dans la continuité de ce documentaire.

Pour un moment enrichissant, c’est ici >> http://agriculturefamiliale.com/
Mon interview à écouter sur Radio Prun’ (début d’émission) >> ITW Hugo Lehoux

Nucléaire, énergie de l’avenir qui appartient au passé

Cette semaine j’ai regardé « Le monde d’après » sur France 5. Le sujet du débat se prête bien au nom de l’émission, puisqu’il s’agit du nucléaire.

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Pour cet entretien d’envergure, Franz-Olivier GIESBERT est entouré de nombreux invités : Colette LEWINER (directrice énergie/CAPEGMINI), Corinne LEPAGE (ancien ministre de l’environnement), Philippe CHALMIN (économiste, Université Paris/Dauphine), Denis BAUPIN (député Europe Ecologie Les Verts), Julia CAGÉ (économiste), Jean-Marie BOURDAIRE (ingénieur et économiste), Fabrice D’ALMEIDA (historien).

Le ligne directrice de l’émission porte sur une question ambitieuse et peut-être utopiste: Peut-on se passer du nucléaire? Plusieurs thématiques sont alors traitées lors de ces échanges: Démantèlement des centrales nucléaires, gaz de schiste, pétrole, diesel et réseaux locaux.

Le cas Fukushima

En début d’émission Anne-Laure BARRAL (journaliste chez France Info) est là pour faire un point sur le cas Fukushima. Depuis l’accident, les rejets du nucléaire n’ont pas cessé. Des études épidémiologiques sont toujours en cours car certains cas de cancers, autre maladies et malformations, ont été avérés. Paradoxalement, j’apprends que le Japon ne renonce pas au nucléaire. En 1 an, 50 réacteurs avaient pourtant arrêté de fonctionner, mais la balance commerciale du pays étant déficitaire (suite aux exportations), le pays décide de faire volte-face.

Que représente l’énergie nucléaire en France?

La consommation du nucléaire sur le sol français représente un chiffre de 77,7%. Soit 19 centrales et 58 réacteurs. Deux alternatives peuvent être envisagées: les énergies fossiles, qui sont non-renouvelables et en quantités limitées (gaz, pétrole, charbon), et les énergies propres (parc éolien, solaire, biomasse). Pour Colette LEWINER, directrice énergie/CAPEGMINI, la solution réside dans le mixte énergétique et électrique afin d’optimiser les coûts. Constat flagrant : 8 millions de Français sont aujourd’hui en pénurie énergétique. Un parallèle avec l’Allemagne va être fait: nous consommons environ 35% de chauffage électrique en plus que notre voisin et nous sommes équipés de la même manière. La politique va donc être remise en cause.

« Nous nous retrouvons face à une éducation de mensonges« , Corinne LEPAGE

Quelques chiffres

Le prix du gaz a doublé depuis les années 2000, le pétrole a triplé entre 1983 et aujourd’hui et le prix de l’électricité ne cesse d’augmenter depuis 2008. Ces dernières semaines plusieurs médias annoncent qu’une hausse de 30% est à prévoir d’ici 2017. Nos factures vont même doubler d’ici 2050!

La charge des centrales nucléaire représente depuis 1945 170 milliards d’euros. Jusqu’à 2025, les coûts de maintenance sont estimés à 3,7 milliards. 79,4 milliards serait le prix d’un démantèlement. Au total, ce sera 300 milliard d’euros sur 80 ans, soit 4 milliards par an d’investissement pour le nucléaire. En revanche, bonne nouvelle, tout cela nous a fait gagner quelques milliards sur l’industrie pétrolière.

Il faut également prendre conscience qu’un accident dit « normal » comme Fukushima nous coûterait 117 milliards d’euros, et si celui-ci est grave : 421. Il est estimé à un accident tous les 22 ans, sachant que la France contient 15% du parc des centrales au monde, cela nous laisse imaginer les dégâts.

Philippe CHAMIN, économiste et spécialiste du marché des matières premières, rappelle que le risque 0 n’existe pas, et qu’il faut être réaliste. Pour ce spécialiste, les trois « petits » accidents du nucléaire ( rappel: Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011) ne doivent pas être pris en exemple pour noircir le tableau du nucléaire (qui pour lui est une énergie propre). Les assurances sont donc remises sur la table, avec une supposition d’être inscrites dans l’assurance civile. L’Institut de Recherche et Sûreté du Nucléaire se pose sérieusement la question.

Jean-Marie BOURDAIRE tente également d’adoucir le débat en rappelant que Fukushima fut laissé entre les mains d’un savant fou et que beaucoup d’erreurs ont été commises pour cette centrale.

Un peu d’histoire

Un reportage expose les étapes d’un démantèlement. La durée de vie d’une centrale est d’une quarantaine d’années et le nucléaire est le fer de lance de notre économie. En temps de guerre celui qui dispose de la bombe nucléaire est en position de pouvoir. Pour asseoir sa puissance la France en a donc fait l’acquisition.  C’est au bord de la Loire que la première centrale voit le jour. Depuis, les besoins en énergie doublent tous les 10 ans.

Certains pays pensent aujourd’hui quitter le nucléaire : le Japon (30 ans), et l’Allemagne (10 ans). Pour la France, l’arrêt de la plus vieille centrale est annoncée pour 2016.

Les énergies renouvelables

Ce modèle là est fait pour durer. Il faut l’étudier, le comprendre et le cultiver. Le développement durable, c’est par exemple 380 milles emplois en Allemagne (le système Allemand sera souvent comparé). Beaucoup de technologies sont pensées, comme les smart Grid. Gérer les réseaux électriques et les optimiser pour diminuer l’hégémonie du nucléaire.

Telle est la mission de ce nouveau système. Il s’agirait de faire fusionner les énergies internet et les énergies renouvelables. Un réseau intelligent, à l’aide de l’outil informatique, servira à produite et à réinjecter sur un réseau local l’énergie produite et non consommée de chacun. Interconnecter les maisons entre elles serait l’idée. Philippe CHALMIN, toujours avec véhémence, intervient: « on se croirait au coeur d’un village gaulois ». C’est alors que vient une citation pour appuyer son propos:

« Il ne faut pas regarder demain avec les yeux d’aujourd’hui » Paul ELUARD

D’après lui, on ne peut pas prévoir l’avenir en se basant sur nos technologies actuelles. Julia CAGÉ, économiste qui est pour l’innovation et la désindustrialisation, contre ce dernier : « Ce modèle gaulois a fait faire 10% d’économie d’énergie aux Etats-Unis soit 80 milliards de dollars par an ».

Vers où allons-nous?

Comme beaucoup de débats, pléthore d’interrogations, remises en questions, inquiétudes, discours noirs et prédictions. Les deux camps se sont mis d’accord sur une chose : mutualiser les énergies.

Une centrale nucléaire représente 5000 éoliennes en énergie. Cela représente également 3000 kilomètres carré de panneaux photovoltaïque…Il est donc impossible de vivre uniquement, pour le moment, avec le renouvelable. De plus, depuis quelques années il est constaté une baisse des ventes pour les panneaux solaires, ce qui révèle la méfiance des français envers une éthique qui se transforme-parfois-en business.

« Changer nos habitudes et nos modes de vie est impératif. Jouer sur la peur n’est pas non plus la bonne solution : il faut agir maintenant. Nous pouvons donc doucement allers vers un mixte. »

L’émission

Amory LOVINS, auteur du titre de cet article, a-t-il raison lorsqu’il dit « Le nucléaire est une énergie de l’avenir qui appartient au passé »? L’avenir seul le dira. Je vous invite à regarder cette émission enrichissante via ce lien : Le monde d’après.