La saison des femmes

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Sorti en 2015,  « La saison des femmes » est un film écrit et réalisé par Leena Yadav. Est exploité dans ce drame la condition des femmes au sein de petits villages dans le nord de l’Inde, comme c’est le cas pour le Gujarat, ou l’histoire s’inscrit. Le film oscille entre émancipation et dure retour à la réalité pour des jeunes femmes en mal d’amour et de liberté.

Un film qui se démarque par son scénario
Dans le nord-ouest de l’Inde, une communauté vit au rythme des normes patriarcales. Les hommes s’y amusent et boivent beaucoup. Les femmes, isolées, cherchent elles aussi à prendre du plaisir dans un climat oppressant. Trois amies cultivent alors leur imagination pour une autre société possible. Celle du téléphone portable, de la télévision, du mariage consenti et de l’éducation. Elles veulent disposer du droit des hommes et être indépendante. Si la trame de fond fait partie des sujets dit « classique », la forme l’est moins puisque le scénario apporte une touche plus romanesque que documentarisée. Les origines cinématographiques de la réalisatrice expliquent plusieurs passages très légers dans le dialogue et une atmosphère digne des productions Bollywoodiennes. L’aspect très juvénile de films pour jeunes filles et le romantisme naïf est présent du début à la fin et surprend. Cependant, tout cela est complété par d’autres séquences beaucoup mieux orchestrées et cela apporte quelque chose de neuf dans le cinéma ! Cette technique rompt le pathos et apporte beaucoup de dynamisme à un film qui aurait pu prendre une tournure beaucoup moins accessible et tragique s’il n’y avait pas ces nombreux traits de légèreté.

Rani, Lajjo et Bijli : un trio surprenant
Dans les villages reculés et exposés de cette réalisation, la liberté n’a pas de prix car elle ne s’acquière pas. Sous le contrôle de leur mari, de leur chef de village ou de leur propre fils, les femmes font ce que l’on attend d’elle : faire à manger, effectuer les tâches ménagères et enfanter. Le déroulement du film expose les nombreuses difficultés de s’affranchir, comme la possibilité d’avoir un emploi ou de lire. La peur des hommes étant qu’une femme devienne plus intelligente en s’instruisant. L’autre atout du scénario est celui de la personnalité de ses personnages, trois femmes complètement différentes où chacune d’elle va trouver chez l’autre ce qui lui manque. Rani, interprétée par Tannishtha Chatterjee, est une veuve qui subit au quotidien un fils, Gulab, alcoolique et violent avec sa jeune épouse. Lajjo, interprétée par Radhika Apte, est sa plus fidèle amie. La première scène du film les montre dans un bus, Lajjo est plus délurée et aime rire fort et haut, sans remettre constamment son voile comme le fait Rani. Lajjo est battu et n’arrive pas à enfanter d’un mari alcoolique. Cependant, elle garde son sourire qui dévoile de belles dents, grandes et blanches, qui illuminent son visage. Puis, l’élément qui s’ajoute à ce trio est surprenant puisqu’il s’agit de Bijli, une danseuse prostituée très libérée interprétée par Surveen Chawla. Cette femme très séduisante et provocatrice apportera beaucoup de frivolité à ces femmes frustrées.

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Entre drame et comédie
L’appellation « drame » peut sembler surprenante tant on jongle régulièrement entre des moments de rire et des moments de violence. Au moment où l’on pense que la femme gagne un petit combat d’émancipation, elle replonge dans la minute suivante dans son quotidien voué à ne pas changer. Cette production est donc particulière et nous bouscule (mais n’est-ce pas là le rôle du cinéma ?). D’une scène déchirante ou une femme supplie le chef de son village et ses parents de ne pas retourner vivre chez sa belle-famille ou elle se fait violer de tous, on passe à une scène où deux amies complices rient aux éclats en rêvant d’un bel homme les caressant. Le rire règne et le courage de ces femmes force l’admiration. Même en sang, même boitant après un énième viol, elles gardent le moral et ne s’économisent pas sur les plaisanteries. A ce sujet, la cinéaste l’explique ainsi : « plus on est triste, plus on a besoin de rire, plus on a besoin de se sentir vivant ».

Un mélange de poussières et de couleurs
Le film est bien entendu destiné à défendre le droit des femmes. Ces trois actrices de fiction mettent en lumière la vie d’indiennes que Leena Yadav a pu rencontrer. Si la poussière a pris une grande place dans la maison de ces petits villages, à l’image des traditions ancestrales, la lumière donne un éclat particulier. Si le scénario est parfois sombre, les couleurs sont vives et le visage de ces épouses et mères, si belles et gracieuses, rappellent qu’il y a un espoir lorsque l’on s’y met à plusieurs. Si un couple d’instituteur décide de quitter le village pour cause de maltraitance sur le maître progressiste et ouvert, les amies décideront, elles, de rester et de changer la donne. Il est très surprenant, à la fin du film, de voir Rani laissé sa belle-fille, qu’elle s’était lourdement endettée pour avoir, retrouver le chemin d’un amoureux transit.

Le besoin d’être touchée
Ce que l’on observe tout au long de ce film est le besoin chez les femmes, même voilées, même celles que l’on ne voit pas et que l’on doit deviner, d’être touchée. La plupart ne connaissent pas les vraies caresses et le sentiment d’amour profond envers un époux. C’est alors que le romantisme n’est que plus exacerbé et les sensations physiques recherchées. Des stratagèmes seront alors découverts et appréciés,  comme celui de placer un portable en mode vibreur sous sa culotte ou d’entretenir des conversations téléphoniques excitantes avec un inconnu. La joie des protagonistes n’en sera que plus intense. Une scène peut marquer, celle de deux femmes, seins nues, se caressant délicatement avec de l’eau pour apaiser des blessures infligées à l’une d’elle. Une fois de plus, d’un début de scène difficile fait de plais et de pleurs, deux amies respirent de plus en plus fort, explorant le désir physique.

Parcours de la réalisatrice Leena Yadav
Après avoir vu un tel film, on se demande si celle que nous ne connaissions pas jusqu’alors s’inscrit depuis longtemps dans la production de réalisations engagées. Ce n’est pas le cas. Leena Yadav est surtout connue pour la réalisation d’émissions de télévision. La cinéaste est plus célèbre en qualité de productrice et monteuse que de scénariste. « La saison des femmes » (Parched) est son premier film international, récompensé au Festival international du film à Toronto. Ses deux précédents films n’avaient pas cette envergure. C’est alors une lutte que cette femme de 45 ans a dû mener pour diffuser son film dans le pays, comme ce fut une lutte de le diriger sur place. On sort ici de Bollywood, ou cette femme a eu le courage de capter la vraie vie de femmes vivant dans le viol et la violence. Comme l’exprime Leena Yadav dans une interview pour Télérama « il est temps de montrer ce qui fâche. Il faut briser les barrières, comme mes actrices l’ont fait ».

Ce film est à voir non seulement du point de vu d’une réalisation éloignée de ce dont on a l’habitude, mais par son caractère profondément humain et encourageant. Les choses, au-delà de changer, peuvent évoluer, et c’est ce que présente Leena Yadav.

Bande annonce 

 

La chair interdite

« La Chair interdite », livre paru aux éditions Albin Michel en 2014, a été écrit par Diane Ducret, journaliste et essayiste passionnée d’histoire. Longtemps caché, le sexe féminin est aujourd’hui exposé à travers l’industrie cinématographique et commerciale. L’auteure retrace ici le parcours et la vision de cette partie au demeurant fragile, mais capable d’intimider l’homme le plus savant.

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Courbet l’a peint dans son œuvre L’Origine du monde, Ducret le dépeint dans ce livre richement documenté. L’écrivain traite ici du regard porté au sexe féminin à travers les époques. De ses dangers, ses épreuves et ses victoires. Cette partie intime, si discrète, suscite depuis toujours la grande curiosité du sexe opposé. On découvre dans cet ouvrage les supputations d’un appareil génitale masculin enfouis dans nos entrailles, les histoires de médecins explorateurs, les différents mythes autour de cette vulve, la guerre pubiennes entre le magazine Penthouse et Playboy ou encore la marchandisation de la tonte (en seulement 30 ans nous sommes passées d’un jardin sauvage à une pelouse bien entretenue). La mode a infligé à notre sexe de se dévêtir. Plus de poils, c’est sale, c’est moche. L’essai est entrainant, agrémenté d’anecdotes historiques et d’intertitres humoristiques. L’évocation des hommes et des femmes ayant étudiés l’anatomie féminine et contribués aux avancées médicales contrebalancent les passages du livre qui décrivent les mutilations infligées.

G comme Gräfenberg

L’une des nombreuses histoires que j’ai aimée est celle du point G et surtout du nom de son auteur. La science de l’orgasme et d’une zone bien particulière source du meilleur des plaisirs est-elle probante ?  L’un des nombreux médecins à avoir approfondi la question est le gynécologue allemand Ernst Gräfenberg. En 1950, dans « The role of urethra in female orgasm », le praticien explore l’urètre comme étant à l’origine de l’orgasme féminin, le point culminent se trouverait sur « la paroi antérieure du vagin, le long de l’urètre ».

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L’homme donnant la première lettre de son nom à cette zone érogène accordera beaucoup d’importance à l’écoute de ses patientes. En ayant à l’esprit qu’il y a chez chaque être une individualité à explorer, il n’aura de cesse d’étudier le désir et le plaisir sexuel chez les femmes à travers leurs épanchements. Gräfenberg démontre également que le désir diffère chez chaque femme. Il rétorquera même à l’une de ses patientes: « Voyez-vous, personne n’est normal, ce mot ne devrait pas être appliqué aux êtres humains. Chacun de nous vivant aujourd’hui est une personne individuelle, différente de toute autre personne avant lui. Chacun de nous est une variation d’un thème, un thème nommé humanité. » Pour lui, tout comme le médecin de Marilyn Monroe le Docteur Greenson,  l’attention portée aux femmes est aussi importante que ce point « G ». Au risque de vous déplaire messieurs, nous avons besoin d’écoute avant de passer à l’acte !

« Ce que les dissections n’avaient pu découvrir, l’écoute l’a trouvé. Mais peut-être la chair interdite d’une femme en pièces ne vaut-elle pas celle d’une femme en vie, et le scalpel de la dissection ne vaut-il par l’approche de Gräfenberg, fondée sur les confidences de ses patientes. » Diane Ducret

Vers le chemin du soulagement

J’ai été amusée de découvrir que les travaux du célèbre Pavlov, prix nobel de médecine connu pour son étude de conditionnement des réflexes chez le chien, a servi au neuropsychiatre Velvoski et à l’accoucheur Nicolaiev, pour diminuer les douleurs lors d’un accouchement. S’il semble normal aujourd’hui de soulager une femme, cela n’a pas été le cas pendant des décennies. Un siècle après les prouesses de Louise Bourgeois (qui a accouché Marie de Médicis en 1601), Angélique du Coudray a arpenter les villes et villages de France pour soulager des femmes en souffrance. Elle découvrira lors de ses voyages des horreurs infligées à des femmes tout « simplement » mutilées et délaissées des médecins de l’époque. Angélique aura alors la mission d’enseigner à des femmes illettrées l’art d’accoucher et de diminuer la douleur. Autre époque, celle de Pie XII qui s’est porté en faveur du soulagement des femmes lors d’un accouchement quand d’autres, à l’image de Jacques Guillemeau, chirurgien au service des rois Charles IX Henri III puis Henri IV, estimait « qu’une femme qui accouche est priée de le faire dans la douleur et sans hurler. »  Il est consternant de trouver des femmes, comme Hélène Deutsch, psychanalyste américaine, estimant que l’absence de douleurs briserait le lien entre la mère et son enfant. Pour elle, la douleur apaise « le sentiment de culpabilité et provoque le plaisir ». Je serais curieuse de connaître ses réelles impressions après ses propres accouchements !

Le sexe féminin au cœur des préoccupations masculines 

De tout temps, de toute nation, de toute religion, de tout continent…l’entre-jambe des femmes a suscité une curiosité exacerbée et encouragé les pires horreurs en temps de guerre. Femmes mutilées, violées, battues, asservies…et je m’interroge. Ces hommes, qui maltraitent ces parties si précieuses, pourquoi ne respectent-ils pas cet écrin qui leur a permis de naître ? Comme il est rappelé page 311 « la manière de tuer une femme est le meurtre, mais celle d’atteindre le féminin est le viol ». En passant par les expatriés de Nankin (1937) à la guerre des Balkans (années 1990), il est parfois insoutenable d’imaginer ce qui est présenté. Ce livre n’est pas facile à lire, âmes sensibles s’abstenir. Elle arrive cependant à ponctuer le tout avec humour grâce à des intertitres tout en finesse et jeux de mots.  Cela nous fait oublier des passages pouvant aller jusqu’à donner la nausée. Je pense que l’auteure a eu raison d’axer ses écrits sur les faits plus éprouvants.

 Je termine par ce beau passage :

 « Pour chacune, la découverte de l’intime passe par la conscience de cette blessure comme de cette élection originelle, qui lui fera faire chaque matin mille choix qu’elle défera le soir même, remettant chaque jour sur l’ouvrage sa difficile liberté. Elle aura tout loisir de s’offrir à d’autres, plus ou moins bien intentionnés, de se contracter sous leurs assauts ou caresses, de s’ouvrir pour porter la vie ou pas, de se sentir béante lorsqu’elle ne pourra la donner malgré un désir viscéral, enfin de refluer et de laisser là ces questionnements de jeunesse qui l’auront taraudée, mais non pas sa difficulté de ressentir. Telle est la vie d’un sexe de femme. »

Je conseille vraiment cet ouvrage, surtout pour les hommes. Il intéressera bien évidemment les femmes, mais il serait bon que certains puissent lire et apprendre de ces récits.

 

 

 

 

Et je danse aussi, entre profondeur et légèreté

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« Et je danse aussi » est un roman épistolaire écrit par les auteurs Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. Ce livre, paru en 2015 chez Fleuve éditions et sorti en version Pocket début 2016, est une correspondance entre un écrivain en mal d’inspiration et l’une de ses fidèles lectrices.

Qui, au XXIe siècle, n’a jamais entretenu une correspondance 2.0, si courte soit-elle ?  Je fais parti des personnes ayant cette affinité pour l’écriture, donc pour les liens des mots qui se tissent sur la toile. A l’entrée d’une librairie, l’illustration de Raphaëlle Faguer m’a sautée aux yeux, bien qu’elle ne me plaise pas. J’ai saisi ce livre coloré et le nom des deux auteurs sur la couverture m’a surprise. Je me dirige alors vers la quatrième de couverture : c’est l’histoire d’une correspondance. Je fais voler les pages entre mon pouce et mon index et entrevois des échanges entre une Adeline Parmelan et un Pierre-Marie Sotto. Echanges agrémentés de petits dessins. Je considère ce livre comme étant adressé aux adolescents. Pourtant, intriguée j’achète.

Des personnages mystérieux et attachants
Tout commence par un colis envoyé à l’adresse de Pierre-Marie Sotto, auteur à succès en panne d’inspiration. Le destinateur est une destinatrice : Adeline Parmelan. Cette femme, qui n’avait pas prévu d’entamer une telle correspondance, engagera toujours avec humour et originalité leurs échanges. A l’image des enfants en bas ages se rapprochant tout naturellement sur un terrain de jeux, les deux personnages vont se livrer au jeu des confidences décomplexées avec un naturel déconcertant. Après seulement 42 jours, ces personnalités que tout oppose deviendront dépendantes de cette relation si particulière. Ce passage, page 154, met en mots l’intensité de leur liaison écrite :

« Mais vous avez raison : quoi qu’il arrive désormais, il ne faudra pas renier ces quelques semaines passées à nous écrire. J’y ai trouvé un grand plaisir, et même plus que ça, ne riez pas : quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du cœur, et puis soudain quelqu’un apparaît et vous apporte la révolution. Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour, vous êtes dans cette fièvre, dans cette fête. »

Quand un colis suspect devient crée l’échange
Comment entrons-nous en relation avec les autres ? D’un simple ajout Facebook à une question anodine, les vraies raisons d’une mise en relation ne sont pas toujours explicites. Et pourtant. Le colis, au cœur de l’histoire, se fera oublier le temps de quelques pages pour laisser le temps aux personnages de se livrer avant la prise en considération de ce qui a entraîné cette relation épistolaire. Nous suivrons les méandres de cet écrivain, Pierre-Marie Sotto, définissant son manque d’inspiration comme une « pétole », absence de vent pour les marins. Mais alors qu’il est dans une mer trop calme pour avancer, il va voir ses voiles se gonfler et l’amener vers un nouvel horizon surprenant. Avec la découverte d’une personnalité spontanée et attachante, il va découvrir une plume. Leur liaison littéraire va durer grâce à cette légèreté saupoudrée de profondeur lorsque cette dernière évoque son passé difficile et ses passages à vide. Comment mettre en humour les événements les plus noirs de nos existences ? C’est ce qu’illustre ce roman. Lire la suite

Changer d’altitude

Changer d’altitude est un livre de Bertrand Piccard paru aux éditions Stock en 2014. L’auteur, médecin psychiatre et aéronaute suisse, y expose les clés pour une vie plus apaisante et plus stimulante. Il nous invite également à nous détacher de nos certitudes qui nous ferment aux éventualités constructives.

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Cette lecture est née d’une rencontre, celle de Thibaud, un élève de la promotion bachelor 2015 à Sciencescom. C’est lors d’un dîner chez ce dernier que j’ai saisi ce livre bien à sa place dans le dérangement ordonné de ce jeune homme de 23 ans. « Changer d’altitude », du bleu sur fond blanc. Thibaud me parle alors de l’auteur et de son admiration pour ce dernier. Je découvre effectivement un homme qui ne ressemble pas aux autres. Brillant. Fils de l’océanographe Jacques Piccard et petit fils du physicien Auguste Piccard, ce sportif aimant les challenges est le premier homme, avec son coéquipier Brian Jones, à avoir fait le tour du monde en ballon, le Breitling Orbiter 3, en 1999.

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Quelques solutions pour mieux vivre sa vie
Ma première impression était assez froide. N’aimant pas les lectures « bien-être », j’ai mis du temps à ouvrir ce livre que j’avais pourtant emprunté depuis plusieurs mois. Puis, le parcours de cet homme m’a incité à entreprendre cette lecture. Je terminais alors un ouvrage de Michel Baroin, autre figure masculine que j’ai découvert et appréciée. Des hommes qui vont vers l’avant et qui ne cessent jamais de travailler pour faire toujours mieux. Des hommes qui ne considèrent rien comme acquis.

La relation à soi et aux autres
Les 298 pages du livre nous aident à comprendre pourquoi certains freins sont handicapants et nous invitent à les dépasser, tout du moins à les surmonter. Suivons-nous nos aspirations ou contentons nous de répondre à la norme ? Les pressions de notre environnement ne nous détournent-elles pas de nos envies ? Pouvons-nous nous en affranchir ? Quand un ouvrage m’interpelle, c’est qu’il soulève chez moi bien des questions, et c’est le cas ici. « Qui que nous soyons, avec notre chemin et nos aspirations, notre potentiel et nos handicaps, nous devrions au moins pouvoir nous dire une chose : « J’ai tout fait pour avoir une vie à la fois intéressante et utile. » » J’ai relevé ce passage à la fin du livre. Trop jeune pour pouvoir y répondre, elle me permet de l’appréhender.

« Il n’y a pas de performance et efficacité, de véritable capacité de décision et d’action sans la liberté d’abandonner ses convictions, de raisonner en dehors de tout ce que nous avons appris, de tout ce qui nous a conditionné à être ce que nous sommes. »

Se servir des expériences de chacun pour avancer
Si le médecin psychiatre est resté prudent vis-à-vis des attitudes à suivre et de ses visions subjectives, ses propos me parlent. Je réalise à travers ses expériences que j’ai déjà conscience de la plupart de ses témoignages.  J’ai par exemple pensé à la citation de Françoise Sagan, « quand on est mal parti, il faut essayer de continuer », lorsque j’ai lu ce passage sur les échecs : « un échec n’est un échec qu’à partir du moment ou l’on abandonne. Si l’on continu d’essayer, cela s’appelle une expérience, une preuve de persévérance, une étape pour atteindre le succès ». D’un caractère assez tenace, je ne peux qu’être en accord avec cet état d’esprit.

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L’ouverture comme tremplin
A plusieurs reprises, Bertrand Piccard met en avant tout le bénéfice qu’apporte le détachement et l’émancipation des jugements de notre entourage.  Avec cela, il pointe également le doigt sur toutes ces certitudes qui nous entourent. Il rejoint ma pensé lorsqu’il évoque la liberté ainsi : « la liberté, la vraie, ne consiste pas à pouvoir tout faire, mais à pouvoir tout penser. A penser dans toutes les directions et à tous les niveaux à la fois, sans restriction. »

– Si tu cherches la vérité, tu dois posséder une qualité plus essentielle que toutes les autres.
– Je sais. Une irrésistible passion pour la vérité.
– Non. La volonté d’admettre en tout temps que tu as peut-être tort.
Anthony de Mello, philosophe 

Hérétique : revendiquer le droit de choisir
De cette liberté évoquée par l’auteur découle la facilité à prendre en main son destin avec plus de conscience. L’éducation joue un rôle très important et à tout point de vue. Je suis entièrement d’accord avec le médecin psychiatre qui évoque le fait que notre éducation nous contraint à apprendre « quoi penser » plutôt que « comment penser ». Ayant eu des difficultés scolaire, ayant surtout eu des difficultés avec un système qui ne s’adapte pas aux élèves plus lents, mais pas moins intelligents, j’ai souffert du manque de concret dans mes apprentissages. En revanche, ma curiosité et mon sens critique m’aident à dépasser ces difficultés. « Les dogmes éducatifs, moraux et autres sont des boulets à traîner, des handicaps émotionnels pour la vie entière ». Vous comprendrez à présent pourquoi ces maux font écho aux miens.

« Il ne faut rien garder par habitude ou par automatisme, il ne faut rien conserver sans avoir au préalable envisagé de nous en débarrasser. »

La théorie et l’expérience
J’ai beaucoup appris en lisant la partie sur l’hypnose et la dissociation de soi, la notion de synchronicité, aussi appelée « coïncidence signifiante », la « métacommunication », la culture des différences,..etc. De nombreux passages du livre m’ont fait lever la tête et m’ont laissés songeuse. Je vais ici vous en présenter quelques-uns et finir en vous conseillant vivement cette lecture.

« Quelqu’un ne peut-être pleinement moral que s’il a eu l’occasion d’être immoral et qu’il a choisi sa voie. Tout le reste n’est que théorie bien pensant et bien intentionnée mais découplée de la réalité de la vie. »

« Il faut envisager de penser l’inverse de ce que l’on a appris à penser et à faire. »

« Les désaccords peuvent faire peur alors que les similitudes rassurent. »

« Il y a autant de réalités différentes que d’individus. »

« On communique véritablement quand on partage des expériences personnelles, pas quand on transmet des informations. »

« Tout ce que nous développons comme bonheur personne, familial, matériel, dépend de l’extérieur et sera tributaire des vents de la vie. Ils apparaîtront et disparaîtront au grès des rafales. Il n’y a que les qualités intérieurs de conscience, de bonté et de sagesse qui peuvent devenir permanentes et indépendantes des circonstances. Tout le reste peut nous être enlevé à n’importe quel moment. »

 

 

Je ne suis pas celle que je suis

Cet été, je redécouvre une lecture passée. C’est en rangeant des affaires chez mes parents que je me suis penchée sur des livres, au fond d’un carton. J’ai survolé des couvertures et je me suis arrêtée sur l’une d’elles : Je ne suis pas celle que je suis, de Chahdortt Djavann. Je ne me souvenais absolument plus de l’histoire, mais il me revenait à l’esprit le plaisir que j’avais eu à le lire. Étrange.

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Je me suis alors replongée dans ces pages. Ici, la narratrice met en parallèle deux histoires de femmes avec un même prénom : Donya. Il y a la Donya qui suit une psychanalyse à Paris, tentant de comprendre son passé en Iran. Et il y a l’autre Donya, qui vit à Bandar Abbas. Cette dernière est étudiante et souffre de devoir se cacher sous un voile. Elle souffre de cette privation de liberté. De devoir ramper, le soir, pour rejoindre son petit-ami. Elle cherche alors des plans d’émancipation, des plans de liberté. Mais c’est une femme entière, et épouser un homme pour quitter son pays, elle n’y arrive pas. J’aime beaucoup le profil de cette dernière. Entière. J’ai partagé son histoire d’amour, la souffrance de son amant assistant à son éloignement. Ce passage, page 225, m’a particulièrement touché :

« Que dire, lorsque la passion, le désir qui vous enflammaient corps et âme à la vue, à la seule pensée de votre amant, se sont éteints à jamais, cédant la place à la tendresse ? Que dire lorsque l’autre brûle encore de désir et, pour cela même, vous hait de l’abandonner ? »

Bien qu’il y ait une impossibilité de passer de l’amour à la haine après des étreintes et des sentiments, il y a une souffrance telle qu’on ne peut s’empêcher de prendre ses distances. Distances amères. Finalement, ces deux-là réussiront à se parler et à entrevoir un avenir sous le signe d’une complicité amicale.

À l’heure où j’écris ces quelques mots, je n’ai pas terminé ma lecture. Ma relecture. En revanche, je peux déjà écrire que c’est un réel plaisir. On devient vite dépendant de ces deux histoires. Certes, je suis déroutée et parfois exaspérée par les problèmes psychiques de la Donya parisienne. Si inconstante, changeante, voir même schizophrène. Elle l’est, d’ailleurs, schizophrène. Enfin je crois, le diagnostic n’est pas posé. Je suis aussi fortement agacée par l’attitude du psychanalyste. Si froid, si distant, ne disant pas un mot. Il parait que c’est le principe. Vous êtes là, assis, et vous parlez. Je peux comprendre qu’au fil des séances elle devienne encore plus perturbée. Il ne lui dit rien. C’est un mur. Comment peut-on guérir sans échange ? J’assiste au désarroi du personnage et ça me met mal à l’aise. Je poursuis tout de même cette lecture. Espérant qu’une s’y retrouve dans ses séances et se guérisse de ses maux qui l’encombrent. Et que l’autre s’émancipe, vive sa vie de femme.

« Face aux archipels du passé, solides et insubmersibles, le présent incertain et précaire perd toute consistance. Le réel ne résiste pas aux reflux de la mémoire. Il faut arriver à un âge mûr pour admettre que rien n’est plus insaisissable que l’existence du présent »

L’une des critiques que j’ai pu consulter évoque le « dérangement ». Je suis plutôt d’accord. Entre les méandres de la jeunesse d’une Iranienne et une réflexion sur le bien-fondé d’une psychothérapie, ces Donya suscitent ma curiosité et il est difficile de fermer le livre. « À 40 ans passés, ce livre est une tentative de vie, comme on fait une tentative de suicide ». Dès le départ, la narratrice nous interpelle. Faire une tentative de vie, est-ce tenter de retrouver goût aux choses simples que le quotidien nous offre ?

Épilogue de Chahdortt Djavann

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Certains demanderont pourquoi ce livre et pourquoi maintenant. Effectivement, j’aurais pu attendre mes quatre-vingts ans et mes cheveux blancs pour aborder des sujets si délicats. Mais voyez-vous, j’ai vécu, si je puis dire, une vie bien plus âgé que mon âge. À quatorze ans, j’avais l’âge de mon grand-père ! L’âge de sa mort. Je pourrais faire mien les vers de Baudelaire : « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. »

Rien n’était moins probable qu’un exil en France, rien ne me destinait à une vie française. Dans mes fantasmes des après-midi moites d’été, à Téhéran, adolescent, lorsque je lisais les sagas d’Alexandre Dumas, les romans de Victor Hugo, de Balzac, de Tolstoi, de Dostoievski ou de Dickens traduit en persan, un élan de folie, nourri par des heures de lecture, m’emportait : un jour moi aussi je serai écrivain et mes livres seraient traduits et lus dans des pays étrangers. Même dans mes rêves les plus osés, j’étais à mille lieues de m’imaginer écrivain de langue française. La vie et le hasard en ont décidé ainsi. Moi, je n’ai fait que me laisser guider par l’instinct. Je me souviendrai toujours de la nuit où, en 1993, à peine arrivée à Paris, sur le Pont-Neuf, enthousiaste, je m’écriai en persan : « je serai écrivain en français. » « Apprends déjà à parler ; pour les livres, on verra après », répliqua du tac au tac ma voix intérieur, toujours un peu moqueuse.

Ce livre est le premier volume d’une histoire à suivre. Pour l’amour du ciel, qu’on ne vienne pas me demander si cette histoire est la mienne, si tel ou tel épisode a vraiment eu lieu, si j’ai vécu telle ou telle expérience, si le livre est, finalement, autobiographique.

Je ne crois pas à l’autobiographie. Nul ne se voit comme il voit les autres et comme les autres le décrivent et le jugent. En outre, la vérité de la fiction n’est pas celle de la réalité. Flaubert n’était pas plus Madame Bovary que Tolstoi n’était Anna Karénine, mais la phrase de Flaubert « Madame Bovary, c’est moi », possède sa vérité, même irréelle.

Je suis mon personnage et je ne le suis pas. Je ne pourrais être mon héroïne, même si je le désirais, car elle existe dans votre imaginaire, alors que moi, écrivain, j’existe ici-bas, sur terre, parmi vous. Je serai morte depuis longtemps qu’elle sera toujours jeune, toujours là, entre les pages, à rêver son avenir.

Je confesse cependant que certaines de ces expériences me sont familières, mais vous me reconnaîtrez le droit de ne pas dire lesquelles.

Je vous remercie tous.

Citations de Stig Dagerman

Ce qui est beau, dans notre quotidien, c’est d’apprendre de nouvelles choses ! Choses qui nous parlent et choses qui nous portent ! Aujourd’hui, j’en ai fais une. J’ai découvert Stig Dagerman, journaliste libertaire suédois, née en 1923 et mort en 1954.

J’ai passé ma première matinée à Paris au sein de la Bibliothèque François Mitterrand, dans le 13ème arrondissement. J’y ai passé la matinée pour préparer ma soutenance de mémoire. En fait, j’ai surtout écrit pour mon blog. J’ai profité de la climatisation et c’est le froid qui m’a fait quitter une pièce, somptueuse, où le calme régnait. Je me suis alors dirigée vers la librairie. Deux cartes postales ont attiré mon attention.

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En caisse, j’effectue deux autres achats : « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » de Stig Dagerman et « de l’essence du rire » de Baudelaire.

StigJ’ai terminé S.Dagerman et survolé C.Baudelaire (son ouvrage ne me ravit pas et j’en écrirai quelques mots plus tard). Concernant le texte édité par Actes Sud, c’est une très bonne surprise. Cet auteur était très perturbé par la finitude des choses, par la mort. Il expose, dans cet écrit trouvé en 1981, la difficulté de vivre sans comprendre le sens et la valeur du temps. Je vais ici mettre en exergue des passages que j’ai aimé, en espérant susciter la curiosité :

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« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. »

« Je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier (…) et comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime. »

« Je vois ma vie menacée par deux périls : d’un côté par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. »

« Lorsque mon désespoir me dit : perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours. »

« Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient. »

« La vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. »

« Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroitre mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. »

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« La liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance.»

« Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. »

« On dirait que j’ai besoin de l’indépendance, pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. »

« Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine. »

« Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome. »

« Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur (…) tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule complètement en dehors du temps. »

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« Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. »

« Ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que mon silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant. »

« Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.»

Retour aux sources

Je prends enfin le temps d’écrire un article pour donner des nouvelles. Je suis rentrée de l’Inde début décembre. Après, tout est passé très vite. J’ai pu profiter des jours qui passaient pour flâner, pour lire, pour « surfer » sur le Web. Au début le temps filait à toute vitesse. C’est en ce 21 janvier qu’il est temps pour moi de rentrer à Nantes. Retrouver mon appart’ d’étudiante. Ma vie d’étudiante.

Je suis Charlie
L’Inde me semble si loin. Que de bouleversements depuis mon arrivée, dont cet attentat. Atroce. J’ai l’impression qu’il fait partie de ma vie. Comme une épreuve qui m’est personnelle. Je le considère comme une expérience, une étape. Quelques jours après, je me sens sonnée. Je n’ai fait que lire des articles à propos de ça. Lire la presse, écouter la radio, regarder la télévision, en parler…j’étais en boucle. J’étais touchée et je ne comprenais pas. Les médias n’ont pas toujours bien traité la chose d’ailleurs. Que ce soit entre le « Jeannette sortait-elle vraiment avec Charb ?» ou des journalistes qui interviewaient des gens qui n’avaient aucune info…. Je lisais ce matin un article de Bruno Masure et ce dernier se disait peiné du traitement de cette information. Le commentaire d’une internaute a quelque peu traduit m’a pensée : « le mécanisme de manipulation des foules a bien été décrit en 1984 par George Orwell : créer un sentiment d’angoisse profonde face à un évènement, par un battage médiatique intense, puis apparaitre comme le sauveur, avec des paroles apaisantes, un visage rassurant, afin que les gens s’en remettent totalement à ce sauveur…et abandonnent totalement leur sens critique. »

Je ne pense pas que les gens aient laissé de côté leur sens critique mais traiter une information en boucle avec des suppositions d’experts rend le discours flou. Les rassemblements m’ont touchée. Aujourd’hui la déferlante de haine m’inquiète. Je prends conscience qu’il y a des dialogues impossibles. Je ne comprends pas non plus pourquoi de nombreux dirigeants défilent, pour ensuite accuser Charlie Hebdo d’être responsable de ce massacre…C’est ridicule. C’est insensé. C’est hypocrite. Autant rester chez soi. Il y a de nombreux débats sur Facebook. Dont celui de savoir si les gens achètent Charlie Hebdo pour leur conscience où par soutient. Je pense que cette action est un prolongement des manifestations. Certes, beaucoup ne l’ont jamais acheté et je pense que ça les rassure. C’est un moyen de se sentir utile, impliqué. Car on se sent si impuissant dans ces moments. Moi, je me sens complètement impuissante.

Tiffany Cooper

…Je souhaitais écrire quelques mots pour évoquer les semaines passées et je repars sur ce sujet. C’est comme ça depuis le 7 janvier. Dans chaque conversation j’y reviens. « À l’époque » je lisais « L’identité malheureuse » d’Alain Finkielkraut. Héritage, transmission, intégration…je crois que je vais me replonger dans cette lecture, car je l’ai soudainement stoppée à la page 200 pour m’intéresser aux attentats. Pourtant je ne lisais pas Charlie. Pourtant, j’étais parfois offensée par des caricatures sodomites. J’aime la caricature tout de même et avait justement eu, pour la première fois, un livre de caricaturistes à noël. Je ne dis pas que je suis opposée à Charlie. Si tout peut, et doit, être montré, alors l’éducation est à revoir. Il faut de tout pour faire un monde et si une lecture ne plaît pas, personne n’est obligé de la consulter.
Une citation d’Hubert Reeves me semble si juste : « L’Homme est l’espèce la plus insensé, il vénère un Dieu invisible et massacre une nature visible ! Sans savoir que cette nature qu’il massacre est ce Dieu invisible qu’il vénère. »

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Je voulais parler de Finkielkraut et me voilà repartie.

Ma rentrée approche. Il était temps. Les premières lettres de motivations se rédigent, les CV se peaufinent, les recherches d’entreprises commencent, les lectures de mémoires débutent…tout va passer si vite. Il est hélas impossible de tirer le temps vers soit. De le garder, pour ensuite le relâcher avec beaucoup de douceur. Non, le temps file. Il file.

Je souhaite à tous les internautes une bonne et une heureuse année. Je n’écris pas les formules d’usage car vous les connaissez.

Bruno Gaccio et son « petit » manuel de survie

Cette musique des Fleetwood mac, groupe formé en 1967, m’a été suggérée par une très bonne amie canadienne, Chloé.

« Players only love you when they are playing« …♫

Un week-end solo et très tranquille vient de se terminer. Hier je flânais à La Baule et aujourd’hui je suis restée à mon bureau. J’ai lu le dernier livre de Bruno Gaccio (lui-même s’amuse de sa biographie wikipédia, allez-voir).

Bruno Gaccio

Je suis sortie de cette lecture un peu dans le même état d’esprit qu’après avoir lu « Le fanatisme de l’apocalypse  » de Pascal Bruckner. Peu de réjouissances, mais beaucoup de réalisme. Je trouve le monde un peu fou et l’homme complètement dingue. Le mensonge, l’hypocrisie, le pouvoir, le sexe, l’argent. La vie n’est pas simple car faite, hélas, de mauvaises et très sales personnes. Ces réflexions dignes d’une adolescente qui découvre la vie ne font pas avancer le débat, mais celles de Bruno, oui.

« L’histoire regorge de ces moments de restructuration où tout s’écroule et tout renaît »

Il est bon de voir que des gens œuvrent, comme ceux du collectif Roosevelt et du parti Nouvelle-Donne. J’ai aimé découvrir Bruno Gaccio que je connaissais de nom (ce qui veut dire très peu voir pas du tout). J’aime son franc parlé, son humour, sa répartie. En conférence au CCO il s’excusait d’envoyer des SMS à ses enfants entre deux réponses, fumait sa cigarette électronique sans discrétion, me faisait sourire à chacune de ses interventions. Parce qu’en fait, il est spontané. Et on manque cruellement de spontanéité. J’ai la chance de l’interviewer cette semaine au micro de Radio Prun’. Je termine sur ces citations relevées du livre.

0.2 % des plus riches cumulent 39.000 milliards d’euros

À ce stade c’est plus du pipeau mais un concert de trompettes” (discours des politiques)

Faire sans arrêt la même chose en espérant un résultat différent, c’est là, la vrai folie.” (Albert Einstein)

Suivre l’interview via Radio Prun’ : cliquez ici

Éloge du point d’interrogation

7752774083_oui-mais-quelle-est-la-question-de-bernard-pivotEn ce dimanche bien gris, c’est un livre de Bernard Pivot, « Oui, mais quelle est la question? », que j’ai dévoré. Un ouvrage un brin auto-biographique. À sa lecture je me demandais souvent si les propos étaient ceux d’Adam ou de Bernard Pivot. Pourquoi cette affinité? Et bien parce-que j’adore les questions. Ma curiosité est viscérale. Les questions restées sans réponses font que l’on cogite, que l’on se mire dans nos supputations où nos silences amers. Si on arrive, un jour, à ne plus redouter la question bête, il se pourrait que l’on résolve certains problèmes.

« N’y restant parfois qu’une nuit ou qu’un week-end, combien de femmes sont entrées dans ma vie? Pas assez pour prétendre au classement national des séducteurs, trop pour nier une inadaptation au couple. Entre les femmes que j’ai aimées, que j’ai cru aimer, que j’ai rêvé d’aimer, que j’ai essayé d’aimer, que j’ai regretté d’avoir aimées, avec qui j’ai couché rien que pour le plaisir, et les femmes qui m’ont aimé, qui ont cru m’aimer, qui ont essayé de m’aimer, qui on regretté de m’avoir aimé, qui on fait l’amour avec moi parce qu’elles en avaient probablement envie, cela en fait, du monde! Ma petite gueule sympa, surtout quand j’avais de longs cheveux noirs ondulés, et ma notoriété ne m’ont pas servi  à n’obtenir que des interviews (…) L’amour est un terrain fertile sur lequel poussent des fleurs de rhétorique et les herbes folles du baratin. »

J’ai aimé ce passage pour son énumération de suppositions d’actions et de réflexions. C’est aussi un homme mûr qui les écrit, avec la lucidité d’avoir été dans le vrai, ou pas. C’est amusant de découvrir la spontanéité d’un enfant dans la bouche d’un adulte. Oser poser les questions, creuser au point d’en devenir inquisiteur, impudique et indiscret. Qui n’est jamais frustré de ne pas assouvir une curiosité? Aussi futile soit-elle. Ce n’est pas le cas de l’auteur, que l’on sent libéré d’assouvir sa « questionnite ».  C’est en tous les cas une nouvelle piste du bonheur qui se présente, mais bonheur dont il faut parfois assumer les réactions. Et il ne s’agit pas ici que de questions banales. Car certains pourraient se dire « et bien j’en pose, moi, des questions ». L’académicien entend les questions auprès de nos proches, du quotidien qui nous taraude, du silence chez l’autre que l’on souhaite faire éclairer. Si nous nous posions plus de questions, mutuellement, nous aurions probablement moins de secrets et/ou inquiétudes à contenir, à supporter. En cela je pense que les rapports n’en seraient que préservés. D’ailleurs, il parait qu’en psychanalyse le médecin pose plus de questions qu’il n’émet de diagnostics. Alors évitons nous des frais.

C’est simple, certes, très simple. Mais c’est aussi entraînant et plein de vie. Je pense que beaucoup peuvent s’y retrouver, que ce soit chez cet intervieweur acerbe où dans les réactions, étonnées, de ses interviewés.

Je termine avec une critique de François Busnel au sein de l’Express : « Avec cette fable virevoltante, Bernard Pivot rappelle que bien vivre consiste à poser des questions, plus qu’à asséner des réponses. »